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La fourbure chez le cheval : mieux la comprendre pour mieux la prévenir

Souvent citée comme l'une des premières causes de mortalité chez les chevaux, la fourbure est bien plus qu'un simple « problème de pied ». Elle est presque toujours le symptôme final d'un organisme qui dysfonctionne depuis bien plus longtemps qu'on ne le croit.


Fourbure cheval : ce qui se joue réellement dans le sabot


Pour comprendre la fourbure, il faut d'abord savoir comment fonctionne l'intérieur du pied. Le sabot n'est pas un simple bloc de corne : à l'intérieur, la troisième phalange (le dernier os du doigt du cheval) est reliée à la paroi par un système de feuillets lamellaires. Des millions de structures microscopiques, imbriquées entre l'os et la corne, qui assurent la cohésion de l'ensemble.


Lors d'une fourbure, ce système d'attache s'enflamme et se détériore. Les feuillets perdent leur adhérence, et la troisième phalange n'est plus correctement maintenue. Elle peut alors se déplacer à l'intérieur de la boîte cornée et, dans les cas les plus graves, finir par transpercer la sole. C'est à ce stade que le pronostic vital est engagé et que certains chevaux doivent malheureusement être euthanasiés.


Apprendre à repérer les premiers signes


Le moment où la fourbure devient visible: le cheval campé, les antérieurs projetés en avant, le refus de se déplacer, les pieds brûlants... c'est déjà la crise. Le détachement lamellaire a eu lieu, la douleur est intense, et les dégâts sont en cours.


Or avant cette crise, il existe des signaux d'alerte. Une sensibilité inhabituelle au niveau des pieds. Un pouls digité légèrement plus marqué. Une chaleur localisée au niveau de la couronne du sabot. Des indices discrets, mais qui peuvent évoluer vers une crise en quelques heures à quelques jours seulement.

Si vous repérez un ou plusieurs de ces signes chez votre cheval, ne prenez pas le risque d'attendre. Confinez-le sur un sol souple (un box avec une litière épaisse, par exemple), retirez tout accès à l'herbe, et contactez votre vétérinaire sans tarder. À ce stade, chaque heure compte.

Et même si un pied est souvent plus douloureux que les autres au moment de la crise, il ne faut pas perdre de vue que la fourbure est un problème global. Ce n'est pas un sabot qui est malade, c'est le cheval.


L'alimentation, un facteur clé


L'équilibre digestif du cheval joue un rôle central dans le risque de fourbure.


Le cas d'école, c'est la mise à l'herbe. Un cheval nourri au foin toute l'année qu'on lâche au pré sans transition progressive, c'est un microbiote intestinal qu'on déstabilise brutalement. Les diarrhées qui suivent, beaucoup de propriétaires les considèrent comme « normales ». Elles ne le sont pas. Elles traduisent un déséquilibre qui, à force de se répéter, fragilise l'organisme et peut ouvrir la porte à une fourbure.

L'herbe elle-même peut devenir un danger selon les conditions. Quand elle est rase, surpâturée, ou exposée à un temps froid et ensoleillé, elle se charge en sucres et en fructanes, ce qui la rend particulièrement risquée pour les chevaux sensibles.


Les céréales méritent aussi qu'on s'y attarde. Beaucoup de chevaux de loisir en reçoivent alors que leur niveau d'activité ne le justifie pas. Or les grains sont plus difficiles à assimiler et sollicitent davantage le système digestif. Un fourrage de qualité, associé à une complémentation minérale et vitaminée adaptée, couvre les besoins de la grande majorité des chevaux. Le reste est souvent plus un risque qu'un bénéfice.


Et puis il y a le sucre qu'on ne voit pas venir : les friandises. Pommes, carottes, bonbons pour chevaux distribués avec amour, souvent en grande quantité, sans se rendre compte qu'on ajoute une dose de sucre quotidienne qui, chez un cheval à risque, peut peser dans la balance. Ce n'est pas la pomme en soi qui pose problème, c'est l'accumulation.


Et le danger s'amplifie lorsque ces déséquilibres alimentaires se combinent à un terrain hormonal déjà fragile, ce qui est plus fréquent qu'on ne le pense.


Les troubles hormonaux : l'autre déclencheur silencieux


Deux pathologies endocriniennes reviennent systématiquement dans les cas de fourbure.


Le syndrome de Cushing (PPID), d'abord, qui touche surtout les chevaux vieillissants. Il se caractérise par un excès de cortisol dans le sang et se manifeste souvent par un poil anormalement long ou frisé qui ne mue plus correctement. La fourbure en est l'une des complications les plus fréquentes.


Le syndrome métabolique équin (SME), ensuite, qui s'apparente au diabète humain : une résistance à l'insuline couplée à une distribution anormale des graisses dans le corps. On le repère souvent grâce aux dépôts adipeux qui s'installent progressivement sur le garrot, la croupe et la ligne du dessus.


Ces chevaux vivent en permanence sur un terrain métabolique instable. Le moindre écart peut suffire à déclencher une crise. D'où l'importance du dépistage précoce, y compris chez les chevaux qui ne présentent pas encore de symptômes évidents.


Sortir de l'approche « tout au pied »


C'est peut-être là le message le plus important : la fourbure ne se résout pas en ne soignant que le pied. Le suivi podologique est évidemment essentiel avec des parages adaptés et ferrure orthopédique si nécessaire, mais il ne suffit pas s'il n'est pas accompagné d'un travail en profondeur sur l'alimentation, le métabolisme et les conditions de vie du cheval.


Le vétérinaire, le maréchal-ferrant ou le podologue, le nutritionniste, le naturopathe,... : chacun a un rôle à jouer, et c'est leur collaboration qui donne les meilleurs résultats. Un cheval fourbu a besoin d'un suivi sur mesure, parce que chaque cas est différent, dans ses causes comme dans son évolution.


La fourbure n'arrive jamais par hasard. C'est un signal d'alarme. Le corps du cheval qui dit que quelque chose ne fonctionne plus. Et la meilleure réponse, c'est encore la prévention : surveiller le poids, gérer les transitions alimentaires avec précaution, faire dépister les troubles hormonaux chez les chevaux à risque, et ne jamais négliger le suivi régulier des pieds.


Parce qu'au fond, prendre soin des pieds de son cheval, c'est prendre soin de tout le cheval.

Herbe couverte de rosée au lever du soleil... conditions favorisant l'accumulation de sucres et de fructanes chez le cheval
Herbe couverte de rosée au lever du soleil... conditions favorisant l'accumulation de sucres et de fructanes chez le cheval

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